snuls

Entrepôt culturel personnel.

[H2G2] Vous aimez bien les Snuls ?
Proposé par MrNeutron-84169 le 19/08/2007 ,Validé par 46835.

Lorsque l’on cherche à évoquer une forme d’humour typiquement belge, on en revient souvent à évoquer les Snuls.

Ah, les Snuls… Plus qu’une bande de comique, les Snuls ont quasiment constitué une académie du rire moule-frites et n’en finissent plus, encore aujourd’hui, de faire des petits.

Lancés à la création de Canal+ Belgique à la fin des années 80, on a malheureusement eu tendance à les confondre ou à les amalgamer avec les Nuls, qui sévissaient à la même époque sur Canal+ France. Or, un Snul, ce n’est pas juste un Nul qui a pris un virage dangereux, c’est un terme bruxellois qui désigne… heu… hé bien comme on l’entendait dans leurs sketches « un type qui reste un petit pe… timide, un petit peu envers lui-même et qui… heu… un handicapé au point de vue… intellectuel. UN snul, quoi ! » (2)
Or, à part cette similarité phonique (3) et le fait qu’ils faisaient également un faux JT (4) dans leurs émissions, leur humour et leur préoccupations n’avaient rien à voir avec la bande à Chabat.

L’absurde n’est pas nécessairement le terrain qu’ils ont occupé le plus souvent, leur territoire se situant plus souvent au niveau de l’humour pipi-caca-ultra-lourd-mayonnaise, parodies délirantes, détournement d’images d’archives et mythologie absconse. Ils étaient cinq à la base, qu’il convient d’énumérer : Fred (Frédéric Jannin, dessinateur, auteur de Germain et Nous et par la suite de JAADTOLY, collaborateur du Jeu des dictionnaires, etc), Steph (Stéphane Liberski, co-auteur de JAADTOLY, puis réalisateur de films comme Bunker Paradise), Sergio (Serge Honorez, maintenant rédacteur en chef du magazine Spirou), Nico (Nicolas Fransolet) et Kris (Kristiaan Debusschere) (5) ; ils étaient accompagnés également de deux jeunes pousses qui ont tenu leurs promesses : Laurence Bibot (6) et Bouli Lanners (7)

Les Snuls ont tout osé et même le reste et ont créé une inimitable galerie de portraits récurrents comme par exemple :

– Le Mage Bonrêve : médium à l’accent impossible qui lisait l’avenir dans un chicon (7) magique
– La Patrouille des Kaaskoei (8) : une bande de scouts allumés qui reprenaient des chansons comme « Je t’aime moi non plus » ou « Le Plat Pays » façon feu de camp.
– Jodisque et Jodisque : deux vendeurs épouvantablement roublards qui vendaient n’importe quoi à une petite vieille n’ayant qu’une petite pension (ils lui ont vendu notamment le château de Laeken, demeure de la famille royale) (9)
– Ray Coumix 2000 : un philosophe belge décadent à l’accent bruxelleux éxcrémentiel capable de produire des sentences du genre « et ça c’est le mot, mais c’est ça, mais c’est très rare ! »
– Eddy Cordy : improbable fils né des coupables amours d’Eddy Merckx et Annie Cordy, ce snul pur jus au débit monocorde a été mis à toutes les sauces (« je suis la polices des ‘ta gueule’, il n’y a pas assez de ‘ta gueule dans ce sketch’ ! »)
– Le professeur Décodor : savant fou qui, aidé de l’impressionnante (9) potiche Miss Bricola, présentait à chaque émission un bricolage pour fabriquer soi-même son décodeur Canal+ (avec des chicons, des composants électroniques en forme de nez, etc.)

Les Snuls étaient les maîtres incontestables du détournement de chansons connues en jeu de mots foireux ; tout le monde se souvient encore de leur tube « Hazewee à Laeken » sur l’air de « That’s the way I like it » (10), mais il y eut aussi « D’Ostende sans Klaus Toumi » (11) (Don’t stand so close to me), « Vantchoutek Mitu, Faut une quittance » (12) (Funkytown)

Le merveilleux disque des Snuls regorge de ces merveilleux déliro-musicales qui ont constitué d’immenses tubes en Belgique, comme Santa Belgica (parodie gros belge de la série Santa Barbara), « Avec » (13) ou « Dirk Frimout » (du nom du premier astronaute belge) qui donnait une ratatouille à l’accent flamoutch écrasé, à consommer sans modération. Ce disque est également bourré de très courts extraits de leurs sketch qui sont passés de l’état de simples répliques à celui de dialogues cultes (« Ils vont encore les avoir sur le dos, hein ! » – « Mais nooooon, dit Dieu ») que les fans de l’époque usent encore à chaque occasion (comme dans notre récent « Jeu des Dictionnaires » par exemple)

Les Snuls se produisaient donc sur Canal+ Belgique dans une émissions appelée « Plus ou moins net ». Leur générique était un chef d’œuvre de belgitude duquel ne manquait aucune caricatures : un chicon qui vole au-dessus d’un interminable tapis de frites, dans lequel étaient plantés d’immuables symboles (gaufres de Bruxelles et de Liège, statue de manneken pis, un atomium cassé qui tourne sur lui-même, des cartes postales de la côte belge, des chopes de bière qui s’entrechoquent, des pralines et j’en passe…), accompagnés par la « Brabançonne » jouée probablement sous la drache nationale par une fanfare asthmatique. Consternant de belgitude, les Snuls ont massacré tous les symboles nationaux, comme ces « résistants wallons » sous le joug de l’occupant flamand, comme cette réserve d’indiens wallons en voie d’extinction (« Danse avec les Khîpûûûû ». Rien ne nous sera épargné dans la gamme pipi caca prout au chocolat, comme une secte nommé « franc-masturbationnerie », ou les versions différentes d’un ballet de Maurice Béjart (14), une de leur victimes préférées.

Je m’en voudrais d’oublier de vous citer leur plus belle invention : le soulagicon. Imaginez un appareil constitué du bas d’un corps humain, muni de deux poignées latérales ; vous y introduisez une pièce de monnaie et vous entendez alors un festival de conneries, lieux communs, dictons et proverbes particulièrement énervant. Au moment où vous n’y tenez plus, vous balancez alors à l’appareil un coup de genou formidable dans les parties, ce qui a le don de vous soulager. Ce concept a permis aux Snuls de faire un recensement agressif des expressions les plus bêtes du monde, qui ont été ainsi remises dans la circulation :

-Alons-y, Alonso !
-A la tienne, Etienne !
-L’amour c’est comme les skis, ça laisse des traces !
(Ouille, mes couilles !!!! J’en frémis !!!)

Les Snuls ont sévi quelques années avant de vaquer à leurs occupations respectives avec plus ou moins de bonheur. Jannin est resté extrêmement actif dans tous les domaines, et c’est grâce à lui que l’on peut encore avoir une mine d’infos sur les Snuls grâce à son site personnel :

http://www.snuls.info
http://www.jannin.com

Le prolifique Stefan Liberski est passé au cinéma après avoir créé avec Jannin l’irrésistible série des « JAADTOLY » (15) et tous ses avatars. Quant à Bouli Lanners, on l’a vu dans plusieurs excellents films avant qu’il n devienne lui-même réalisateur ; un sacré bout de chemin pour ce petit gros qui dansait le ballet dans les Snuls pour « sortir de son corps ». Et Laurence Bibot, elle, s’est lancée dans le One Woman Show et dans le théâtre avec un succès certain.

Pour les curieux d’entre vous, je vous conseille chaudement de vous procurer l’intégrale des Snuls, en trois coffrets de DVD magiques (une série spéciale est même disponible avec un véritable chicon magique, mais pour l’avoir, c’est toute votre petite pension qui va y passer).

Bien qu’actifs seulement pendant cinq ans maximum, les Snuls ont laissé une trace indélébile dans le paysage humoristique belge.

Moi-même, je ne m’en suis jamais remis.

Vous l’aviez remarqué ?


(1) Définition sur le site officiel : « désigne un simple d’esprit, un innocent qui regarde la vie avec une bonne volonté désarmante »
(2) Extrait disponible à volonté sur le disque des Snuls, recommandé dans toutes les salles d’attente.
(3) Ca veut dire que quand on l’entend c’est presque le même.
(4) Il faut noter qu’en belge, le journal télévisé se dit « journal parlé ». Exemple : « dis Josiane, arrête de cuisiner ton stoemp, y’a le journal parlé de Luxembourg qui commence »
(5) Ces deux derniers sont moins connus mais se sont fait remarquer par plusieurs séries de spots publicitaires
(6) Plus connue dans les Snuls en tant que Miss Bricola et chanteuse du « petit bout de caoutchouc »
(7) Légume belgo-belge appelé « endive » chez nos voisins fransquillons
(8) Prononcer Casse-couilles
(9) Laurence Bibot mesure quand même plus d’1m80
(10) « Bien alors quand vous arrivez au palais de Laeken vous demandez le brigadier Haezewee » – « Comment ? » – « Haezewee ! » – « Haezewee, à Laeken ! » – « Aha aha ! »
(11) La vieille au policier de faction : « Ah mais vous êtes le groupe Police !»
(12) D’après un client yougoslave qui voulait retirer un recommandé à la poste
(13) véritable chef d’œuvre de détournement de Jacques Brel où les Snuls ont samplé le premier mot de la chanson « Le Plat Pays » et l’ont servi comme réponse à des tas de questions débiles du genre « dis Jacques, ta bière, avec ou sans mousse ? »- « Avec ! »
(14) C’est pas un coureur automobile, ça ?
(15) = « JAime Autant De TOuvrir Les Yeux »

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